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Turquie-Syrie : que peut la France ?

C’est aujourd’hui mercredi 30 octobre que le délai obtenu lors de l’accord qualifié « d’historique » par le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue russe Vladimir Poutine prend fin. « La Russie a transmis à nos autorités compétentes l’information selon laquelle les groupes terroristes se sont totalement retirés » a indiqué Recep Tayyip Erdogan, avant de préciser que des « terroristes » étaient encore présents sur la zone et que des patrouilles seraient lancées sur le terrain vendredi 1er novembre. Il a prévenu : l’opération militaire turque « Source de paix » pourrait se poursuivre. La Turquie l’avait lancée le 9 octobre au Nord-Est de la Syrie contre les forces kurdes Unités de protection du peuple – YPG, alliées de « la coalition anti-Daech » dont la France fait partie, qu’elle qualifie de « terroristes ». Très vite, Emmanuel Macron et ses ministres se sont activés. Mais que peut encore la France sur ce type de dossier ?

« Est-ce que vous n’avez pas l’air un peu à côté de la plaque, ou impuissant ? Quelle crédibilité ont aujourd’hui les grandes puissances, quand on voit ce qu’il se passe en Syrie et que c’est la Russie qui tient la corde finalement ? » Le 18 octobre 2019, pendant la conférence de presse à l’issue du Conseil européen, la journaliste du bureau européen du média américain Politico Rym Momtaz a interrogé Emmanuel Macron sur la teneur et le délai de la réunion dont il venait d’indiquer qu’elle devrait se tenir « dans les prochaines semaines » avec Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre britannique Boris Johnson et la chancelière allemande Angela Merkel. Réponse d’Emmanuel Macron : « Je partage plutôt votre indignation, donc ça justifie qu’on se parle. Moi j’ai compris qu’on était dans l’OTAN […] donc il est important que nous puissions nous réunir et nous coordonner entre au moins les trois Européens et la Turquie. […] Il faut essayer […] de comprendre et de voir où la Turquie veut aller et comment la ramener à des positions plus raisonnables. » Lors de cette même conférence de presse, le président français a déclaré « j’ai découvert par tweet que les États-Unis d’Amérique décidaient de retirer leurs troupes et de libérer la zone, comme tout le monde. » Cette décision de Donald Trump a pourtant ouvert la voie à l’offensive turque contre les Kurdes. Alors la France et ses partenaires européens ont-ils encore la capacité de ramener la Turquie ou quelque pays que ce soit à des « positions plus raisonnables » ?

La France très active

Le 9 octobre dernier, le président turc Recep Tayyip Erdogan annonçait : « Les forces armées turques, avec l’armée nationale syrienne, viennent de lancer l’Operation Source de paix contre le PKK/YPG et les terroristes de l’Etat islamique dans le Nord de la Syrie. Notre mission est d’empêcher la création d’un corridor terroriste à travers notre frontière sud et de rétablir la paix dans la région. » Réaction du ministre des Affaires étrangères et de l’Europe Jean-Yves Le Drian le même jour : « Je condamne l’opération unilatérale lancée par la Turquie en Syrie. Elle remet en cause les efforts sécuritaires et humanitaires de la Coalition contre Daech et risque de porter atteinte à la sécurité des Européens. Elle doit cesser. Le Conseil de sécurité [des Nations Unies] est saisi. » Le lendemain, Emmanuel Macron ajoutait : « Je condamne avec la plus grande fermeté l’offensive militaire unilatérale qui est en cours en Syrie. J’appelle la Turquie à y mettre un terme le plus rapidement possible. La Turquie fait courir un risque humanitaire à des millions de personnes. » A l’issue d’une réunion en urgence du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) saisi par la France, les cinq membres européens ont demandé à la Turquie « d’arrêter [son] action militaire unilatérale ». Paris a sollicité une « réunion d’urgence » de la coalition internationale sous commandement américain engagée dans la lutte contre l’Etat islamique. Elle devrait se tenir le 14 novembre à Washington.

Le 12 octobre, la France et d’autres pays européens ont signalé « suspendre tout projet d’exportation vers la Turquie de matériels de guerre susceptibles d’être employés dans le cadre de l’offensive en Turquie​ ». Puis Emmanuel Macron a réuni le 13 octobre le Conseil de Défense et de Sécurité nationale. « Les décisions suivantes ont été actées : la France accentuera ses efforts diplomatiques, en étroite coordination avec ses partenaires de la coalition contre Daech, dans le cadre de l’Union européenne, de l’OTAN et du Conseil de sécurité des Nations unies pour obtenir la cessation immédiate de l’offensive turque en cours. Des mesures seront prises dans les prochaines heures pour assurer la sécurité des personnels français militaires et civils présents dans la zone au titre de la coalition internationale contre Daech ou de l’action humanitaire. Un programme de réponse humanitaire d’urgence sera mis en oeuvre pour faire face aux besoins des populations du Nord-Est syrien. La priorité absolue doit être d’empêcher la résurgence de Daech dans la région. Le risque d’évasion, en raison de l’offensive de la Turquie, des terroristes de Daech faits prisonniers, est pleinement pris en compte. Des mesures ont également été adoptées pour renforcer la sécurité du territoire national dans ce contexte. »

Ce n’est néanmoins pas Emmanuel Macron qui a négocié une trêve de l’offensive, ni le prolongement de cette trêve, mais le secrétaire d’Etat américain Mike Pence puis le président russe Vladimir Poutine. Et avant d’aller rencontrer Poutine en Russie à quelques heures de la fin de ce que la Turquie a refusé d’appeler un « cessez-le-feu » le 22 octobre, Recep Tayyip Erdogan a rejeté la proposition de « trêve » d’Emmanuel Macron indiquait l’AFP : « Je n’ai pas reçu une telle proposition de Macron. Macron rencontre des terroristes et il a choisi ce moyen pour nous communiquer la proposition des terroristes » dixit Erdogan, suite à l’entretien téléphonique du président français avec son homologue russe. Il dira plus tard « avec Monsieur Poutine, nous avons conclu un accord historique pour la lutte contre le terrorisme, l’intégrité territoriale et l’unité politique de la Syrie ainsi que pour le retour des réfugiés ».
Pourtant, Emmanuel Macron s’était employé à maintenir la relation avec la Turquie et c’est en France que le président turc avait effectué son premier voyage majeur après la tentative d’Etat de 2016 et la forte répression qu’il a menée contre ses opposants.

Où en sont les relations franco-turques ?

Dans une interview au journal grec Kathimerini, Macron déclarait le 7 septembre 2017 « La Turquie s’est objectivement éloignée de l’Union européenne ces derniers mois, avec des dérives préoccupantes qui ne peuvent pas rester sans conséquence […] mais je souhaite éviter les ruptures car c’est un partenaire essentiel dans de nombreuses crises que nous affrontons ensemble, je pense au défi migratoire ou à la menace terroriste notamment. Et je m’y emploie par des contacts très réguliers avec le président Erdogan. » Les relations entre le partenaire turc et l’Union européenne, à la porte de laquelle la Turquie frappe depuis 2005 (Macron s’est dit plusieurs fois opposé à son entrée, proposant un partenariat renforcé), sont alors tendues.
« La première visite en Europe en 2018, je vais la faire à mon ami Emmanuel Macron » avait dit Erdogan sur TF1/LCI. Ce déplacement revêtait une importance particulière pour le président turc, puisqu’intervenant après la tentative de coup d’Etat militaire et dans un contexte d’élargissement de ses pouvoirs et de forte répression de l’opposition en Turquie, qui avait débuté en amont notamment avec « les événements de Gezi » en 2013. Pour la France, il s’agissait d’une visite importante, en terme de débouchés économiques notamment : d’après le site du ministère des Affaires étrangères français « depuis 2012, le dialogue bilatéral est étoffé, du fait notamment d’une convergence d’analyse sur plusieurs grands dossiers internationaux et d’une coopération bilatérale étroite en matière de lutte contre le terrorisme ainsi qu’en matière économique. En 2018, le montant des échanges commerciaux s’est élevé à 14 milliards d’euros. La Turquie est notre 13e fournisseur mondial, notre 12e débouché mondial […]. La France est le 6e client de la Turquie et absorbe 4,3 % de ses exportations. » Cette visite avait aussi pour but de réhabiliter le président Erdogan, à six mois de l’élection présidentielle turque.

A la suite de leur rencontre, les deux chefs d’Etat ont fait une déclaration conjointe « Nous nous sommes rencontrés quelques semaines après mon élection en marge du sommet de l’OTAN et nous n’avons cessé depuis lors d’échanger de manière régulière […] » a indiqué Macron. Evoquant « une relation forte », il a cité les principaux domaines de la coopération bilatérale : « Le premier, c’est la lutte contre le terrorisme qui a frappé à plusieurs reprises nos deux pays ». Le président français a qualifié la coopération d’ « exemplaire » : « Le travail entre les différentes administrations et les différents services fonctionne parfaitement bien. Les accords passés fonctionnent eux aussi très bien […]. Nous prenons les mesures nécessaires sur notre sol pour lutter contre le PKK que nous considérons comme une organisation terroriste […] [et] pour lutter contre toutes les formes de terrorisme […] dans la zone irako-syrienne comme dans les autres régions. » Il a ajouté « j’ai pu percevoir une communauté de vue et d’intérêt stratégique. La volonté, une fois la guerre contre Daech gagnée, de construire la paix et la stabilité de la Syrie. »
Sur la Convention européenne des droits de l’Homme, il a détaillé : « Je souhaite que la Turquie reste pleinement, entièrement, complètement à tous égards membre de cette Convention parce que je pense que ça fait partie de son identité et que c’est notre intérêt commun et je ferai tout pour œuvrer en la matière, qu’il s’agisse du statut de membre comme celui de financeur majeur. J’ai le plus profond respect et la pleine conscience des défis que vit aujourd’hui la Turquie et je sais le combat contre le terrorisme et les déstabilisations putschistes, militaires auxquelles la Turquie a eu à faire face et à ce titre, en tant que dirigeant extérieur, je n’ai pas d’ingérence à avoir […]. J’ai même, sur la lutte contre le terrorisme, une communauté de vue, d’intérêt et une détermination que nous continuerons à avoir en commun. Nous avons ensuite des désaccords sur la vision qui est la nôtre des libertés individuelles dans ce contexte et nous l’avons abordé de manière très précise » a-t-il précisé, avant d’insister sur « la volonté de développer un partenariat économique fort et bénéfique, la poursuite d’échanges académiques, culturels indispensables et un partenariat stratégique pour notre sécurité et la lutte contre le terrorisme. » Pour comprendre le positionnement d’Emmanuel Macron et l’actualité, il est nécessaire de revenir sur l’évolution récente de la Turquie, qui, depuis le début des années 2000, s’est imposée comme un partenaire incontournable.

La Turquie d’Erdogan, acteur politique incontournable

Auditionnée par la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat en mars 2016 (donc avant la tentative de putsch), la responsable du programme « Turquie contemporaine et Moyen-Orient » de l’Institut français des relations internationales (Ifri) Dorothée Schmid rappelait « La Turquie était avant 2002 un pays plutôt fermé […]. Son régime était encore considéré par beaucoup d’analystes comme une forme de dictature militaire. En 2002 commence la  »révolution AKP » ». Dans « La Turquie après la Guerre froide. Cavalier seul » (2011), elle précise : « Le 3 novembre 2002, des élections législatives amènent aux affaires un parti d’inspiration islamiste, l’AKP (Adalet ve Kalkinma Partisi, Parti de la justice et du développement) qui va réformer profondément la politique intérieure et réviser radicalement la posture internationale de la Turquie. » On parlera même de « modèle turc », notamment à destination des pays des « printemps arabes ». « La Turquie est alors devenue un partenaire à part entière, considéré à l’aune du fonctionnement de nos démocraties libérales occidentales » poursuit-elle au Sénat […]. « La politique  »d’approfondissement démocratique » a reposé sur deux éléments : […] un assainissement du débat sur la question de l’intervention des militaires dans la vie politique » et à l’égard des Kurdes « un processus de paix ouvert – au moins sur le papier – en 2013. » En termes de politique étrangère et de défense, l’AKP applique la doctrine d’Ahmet Davutoglu (qui a notamment été Premier ministre) « zéro problème avec les voisins ». Mais « la crise syrienne pose des problèmes de sécurité immédiats. La Turquie a été victime d’une série d’attentats, dont les uns sont attribués à Daech et les autres à la mouvance du PKK. […] Elle a également réveillé la question kurde, dans la perspective d’une possible autonomie des Kurdes syriens. »

Ce conflit avec les Kurdes est en effet central, Ankara craint que cette minorité obtienne son autonomie, comme en Irak. Avant l’offensive en cours, une opération militaire avait déjà visé les YPG, en janvier 2018, dans la région d’Afrine (nord-ouest de la Syrie), l’un des trois cantons de la région « fédérale » kurde autoproclamée en 2016, le Rojava (Kurdistan occidental).

Également auditionné au Sénat, le directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) spécialiste de la Turquie et du Moyen-Orient Didier Billion rappelle « des points de divergence ont toujours existé » entre la Turquie et les puissances occidentales « et cette relation n’a jamais été parfaitement linéaire, malgré l’intégration de la Turquie dans l’OTAN. […] Au-delà des divergences, les alliances fondamentales de la Turquie demeurent dans le camp occidental. » Et il est revenu sur un autre sujet essentiel qui lie la Turquie et l’UE, l’accueil des réfugiés syriens : « La gestion désordonnée du dossier des réfugiés par l’UE l’a mise dans une position de faiblesse relative, dont les autorités turques ont profité. » La Turquie est le pays qui accueille le plus de réfugiés syriens au monde : 3 millions sur les 5 millions selon le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR). Le 18 mars 2016, l’UE a signé un accord avec la Turquie : elle doit garder sur son territoire les réfugiés syriens, contre des subventions européennes avoisinant 6 milliards d’euros (minimum) – accord plusieurs fois remis en cause. « Si vous essayez de présenter notre opération comme une invasion, nous ouvrirons les portes et vous enverrons 3,6 millions de migrants » a d’ailleurs de nouveau menacé le président turc au début de l’offensive actuelle. « Nous n’accepterons jamais que les réfugiés soient utilisés comme armes et pour nous faire chanter » a répondu le président du Conseil européen Donald Tusk. Mais dans les faits, cela reste un argument de poids : Jean-Yves Le Drian souligne que « cette opération […] remet en cause cinq ans de combat contre Daesh […]. Elle va en outre gonfler le nombre de déplacés et de réfugiés, provoquer davantage de souffrances et de morts. » Et en 2018 déjà, lors d’une conférence de presse, à une question sur « la prise d’Afrine par l’armée turque et les milices syriennes », la réponse fut « Comme Jean-Yves Le Drian l’a déclaré, il ne peut être question d’ajouter la guerre à la guerre en Syrie […]. » Car le conflit actuel vient rappeler que la guerre en Syrie renferme plusieurs conflits et recouvre plusieurs dossiers.

Une guerre, plusieurs questions

L’offensive menée actuellement par la Turquie pose de nombreuses autres questions, parmi lesquelles :
-Les alliances en Syrie
La Turquie accusée de « double jeu » depuis le début de la guerre il y a 5 ans a, comme quasiment tous les autres pays, fait évoluer sa position, sa politique, ses alliances dans cette guerre mondiale par procuration. Bachar Al Assad s’est rendu à Idlib la semaine dernière. Après avoir traité Erdogan de « voleur » et avoir listé ses « vols », « en collaborant avec l’État islamique », « maintenant il vole notre terre » : « nous sommes prêts à soutenir tout groupe qui opposerait une résistance à l’agression turque » a-t-il déclaré.

-L’argument de « guerre contre le terrorisme »
Recep Tayyip Erdogan affirmait en septembre dernier « Le PKK et sa branche YPG/PYD/PKK sont la plus grande menace pour l’avenir de la Syrie » rapporte le média turc TRT. Le pouvoir turc qualifie l’offensive actuelle de « guerre contre le terrorisme », en dépit des déclarations et positions des partenaires de l’OTAN notamment. Cela pose de nouveau la question de la définition du terrorisme, de son usage et de sa possible instrumentalisation.

-Le « retour des empires » ?
« Nous ne pouvons plus être les partenaires minoritaires d’autres, même si ce sont nos alliés » a dit Emmanuel Macron le 18 octobre car « ceux qui sortent gagnants, par la loi du plus fort, ce sont la Turquie, la Russie et l’Iran ». Les opposants à Vladimir Poutine, Hassan Rohani et Recep Tayyip Erdogan dénoncent en effet « un retour des empires » soviétique, perse et ottoman y compris hors des frontières – la Turquie a par exemple développé sa présence économique et diplomatique en Afrique ou en Amérique latine par exemple, un « réveil des impérialismes » qui cause la panique de l’Europe affaiblie.

-L’hégémonie et l’avenir de l’OTAN
« J’ai compris qu’on était dans l’OTAN. J’ai compris aussi que la Turquie et les États-Unis d’Amérique sont dans l’OTAN. […] Et j’ai compris qu’une puissance de l’OTAN décidait d’attaquer ceux qui ont été les partenaires de la coalition internationale sur le terrain pour se battre contre Daesh » a indiqué Macron, avant de lâcher « Donc, je considère que ce qu’il s’est passé […] est une faute lourde de l’Occident et de l’OTAN dans la région ».
L’OTAN a eu toutes les difficultés pour condamner l’allié turc, qui a rejoint l’organisation en 1952. Plusieurs voix se sont élevées pour demander son exclusion. L’ancien président François Hollande l’envisage comme moyen de « pression » : « Comment comprendre que la Turquie puisse être encore membre de l’OTAN alors même qu’elle utilise ses armes contre notre propre allié, les Kurdes ? » Mais si la France fait preuve de cohérence, peut-être est-ce elle qui quittera l’organisation ? D’autant que les Etats-Unis brandissent la menace militaire : « Dans le cas où […] une action militaire est nécessaire, vous devez savoir que le Président Trump est pleinement prêt à [l]’entreprendre » a prévenu le secrétaire d’État Mike Pompeo cité par la chaîne de télévision américaine CNBC. Pourtant le sociologue Adel Bakawan, le sociologue Adel Bakawan, directeur du centre de sociologie de l’Irak (CSI) et chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (IFRI) a spécifié « sans le feu vert de Donald Trump, [Erdogan] n’aurait jamais pris une telle décision » concernant l’opération militaire en cours.

-La course aux armements
D’après l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) « Les dépenses militaires de la Turquie ont augmenté de 24% en 2018 pour atteindre 19, milliards de dollars », c’est « l’augmentation annuelle la plus élevée du Top 15 des pays les plus militarisés au monde. » La décision de la France et de plusieurs européens de suspendre tout projet d’exportation vers la Turquie de matériels de guerre susceptibles d’être employés dans le cadre de l’ offensive en Turquie​ est ainsi avant tout symbolique, elle n’aura pas un véritable impact sur le conflit actuel et sur la Turquie, qui depuis quelques années développe son propre arsenal… Et le SIPRI n’a eu de cesse de le souligner ces dernières années la course aux armements et la concentration des armes dans la région du « Proche et Moyen-Orient » qui forcément, laissent présager toujours plus de conflits.

-Le poids de l’Europe et de la France
L’offensive turque, les décisions américaines, comme la guerre en Syrie, interrogent les positions des partenaires européens et leur cohérence. Une déclaration du président français illustre l’imbroglio : il a dit le 18 octobre avoir tiré une « conclusion », celle que la « région du Proche et du Moyen-Orient est stratégique pour l’Europe » et que cette dernière doit y bâtir une « autonomie stratégique et capacitaire. » Ne l’avait-il pas compris avant ? Pourquoi tirer « cette conclusion » maintenant ?
Enfin, côté français, plusieurs questions se posent, par exemple : quel poids à la France sur ce dossier, alors que sa ligne politique illisible l’a menée au fiasco en Syrie ? Pourquoi la France serait-elle plus sévère à l’égard de la Turquie que de l’Egypte, les Emirats Arabes Unis ou de l’Arabie saoudite enlisée dans une guerre depuis 5 ans au Yémen (et dans « l’affaire Jamal Khashoggi ») ? Est-elle en position de condamner la Turquie, alors qu’elle s’embourbe dans le dossier libyen sur lequel les deux pays s’opposent ? Saura-t-elle dépasser les partis pris idéologiques en France – instrumentalisation des Kurdes ou des « Chrétiens d’Orient » – pour mener une politique cohérente ? Alors, à part condamner, qu’est-ce que la France peut encore faire concrètement ?

 

Illustration : Rencontre entre Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan. Crédit : inconnu.

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