[Dé]cryptage

L’industrie de l’armement de la Turquie peut-elle concurrencer la France ?

Opposée à l’opération militaire turque lancée le 9 octobre dernier, la France a annoncé trois jours après son déclenchement « suspendre tout projet d’exportation vers la Turquie de matériels de guerre susceptibles d’être employés dans le cadre de l’offensive en Syrie ». Comment comprendre cette décision ? Pourquoi la France n’applique-t-elle pas le même traitement à l’Arabie saoudite et aux Emirats Arabes Unis, ses clients majeurs engagés depuis plus de cinq ans dans une guerre au Yémen ? Et que pèse l’industrie militaire turque ? [Ehko] vous donne des explications.

« Dans l’attente d’une cessation de cette offensive, la France a décidé de suspendre tout projet d’exportation vers la Turquie de matériels de guerre susceptibles d’être employés dans le cadre de l’offensive en Syrie. Cette décision est d’effet immédiat […] » : voilà ce qu’ont indiqué le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et la ministre des Armées Florence Parly dans un communiqué commun le 12 octobre dernier.

À quoi correspond la décision ? Le président de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat Christian Cambon (LR) a posé cette question à la ministre Florence Parly lors de son audition le 15 octobre dernier. « Le flux annuel d’exportations et de livraisons vers la Turquie est de l’ordre de 50 millions d’euros par an. Nous suspendons immédiatement quelque 500 licences, qui ne représentent pas toutes des montants importants […] ». D’après le rapport au Parlement sur les exportations d’armement de la France 2019, de 2015 à 2018, la Commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre (CIEEMG) a délivré 460 autorisations à destination de la Turquie (hors prorogation). La France a reçu de la Turquie 594,5 millions d’euros de commandes et les industriels français ont livré pour 461,7 millions d’euros de matériels militaires. La Turquie est donc un client modeste, très loin derrière l’Arabie saoudite, le Qatar ou les Emirats Arabes Unis, en « 26e position » souligne le magazine Challenges. « C’est vrai, ce pays n’est pas parmi ceux avec lesquels nous commerçons le plus » a reconnu la ministre des Armées, avant néanmoins d’insister : « La décision […] est large, très large […]. On verra en fonction des circonstances comment les choses pourraient évoluer. Mais pour l’instant, il nous a semblé nécessaire d’être extrêmement nets quant à l’attitude à tenir […]. »

Que vend exactement la France à la Turquie ? Cette information est très difficile à obtenir. Les « bombes, torpilles, roquettes, missiles » seraient parmi les catégories les plus concernées par les autorisations préalables, pour un montant de 105 452 000 euros en 2018 d’après le dernier rapport au Parlement. Il montre aussi un pic significatif des livraisons d’armements en 2015 – passées d’une fourchette d’environ 25 à 30 millions d’euros les années précédentes à 131,1 millions d’euros – et des commandes en 2010 et 2017 : d’environ 17,4 millions d’euros en 2009, elles sont passées à 209,3 millions en 2010 avant de redescendre à environ 30 millions pour remonter à 198,2 millions en 2017.

Une décision symbolique
Comment interpréter cette annonce ?
-Le gouvernement français n’a fait que se conformer aux traités sur les commerces des armes dont la France est signataire. Il s’offre ainsi un coup de com’ autour d’une décision qui est surtout symbolique, prise après les Pays-Bas et l’Allemagne.
-Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’armements ou technologies français utilisés dans ce conflit : la Turquie est en mesure d’utiliser les « matériels de guerre » dont elle dispose déjà. Elle pourrait aussi bénéficier des transferts d’armes de la part de ses partenaires – surtout dans un contexte où les alliances changent – ou de cessions. Sur tous ces points, il est très difficile d’obtenir des informations.
-La décision porte sur le conflit actuel, une fois stoppé, les exportations pourraient reprendre.
-La France avait déjà pris ce genre de mesure, dans un cadre européen, après « le massacre de Rabaa » en 2013 en Egypte, quand l’armée et la police égyptienne avaient réprimé des manifestations contre la prise de pouvoir par l’armée, causant « le pire massacre de civils de l’Histoire récente » d’après Human Rights Watch. Or dans le même temps, l’État continuait de soutenir les industriels pour que les transactions aboutissent, allant jusqu’à faire pression sur les partenaires européens. Les déclarations ne sont donc pas toujours suivies de faits.
-ONG et citoyens demandent une position similaire sur le dossier yéménite, en vain, alors que depuis 2015, le royaume saoudien et les Emirats arabes unis mènent, avec d’autres pays, une guerre au Yémen où des armes françaises ont pu être utilisées.
Dès le 10 octobre, le président français Emmanuel Macron « condamn[ait] avec la plus grande fermeté l’offensive militaire unilatérale […] » et « appel[ait] la Turquie à y mettre un terme le plus rapidement possible », l’accusant de « fai[re] courir un risque humanitaire à des millions de personnes. » Pourtant, c’est le Yémen qui vit « la pire crise humanitaire au monde » d’après l’ONU. « Si la France disait demain ‘’Dès qu’il y a un début de guerre avec des éléments de sensibilité, nous coupons tous les contrats militaires avec le pays’’, nous perdrions toute crédibilité de partenariat militaire avec quelque pays que ce soit. Le jour où vous faites ça, l’Arabie Saoudite vous dit ‘’Très bien, je vais avec les Russes, les Chinois’’ a néanmoins répondu Emmanuel Macron. Florence Parly avait aussi argué que la France ne peut pas prévoir que ses armes vont être utilisées.
-Pour le ministre de la Défense français et le président, l’offensive militaire turque « remet en cause les efforts sécuritaires et humanitaires de la Coalition contre Daech et risque de porter atteinte à la sécurité des Européens ». Or c’est d’Al Qaïda dans la péninsule Arabique dont les auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo, entraînés au Yémen, se réclamaient. C’est aussi ce groupe qui a revendiqué l’attaque.
-Sur la période 2009-2018, l’Inde est en tête des clients de la France en termes de prises de commande (grâce au contrat des 36 Rafale). Le premier ministre Narendra Modi y applique une politique discriminatoire à l’égard de la minorité musulmane et un conflit armé n’est pas exclu avec le Pakistan, surtout depuis l’annexion du Cachemire. En deuxième, l’Arabie saoudite, qui a acquis pour 11,3 milliards d’armement français. En troisième, le Qatar, plus important client en 2018. L’Egypte est quatrième. La France est même devenue son premier fournisseur d’armement, en dépit du coup d’État de 2013 et de la politique répressive qui vise toute opposition depuis. Le Brésil, aujourd’hui dirigé par le président d’extrême-droite Jair Bolsonaro, arrive en cinquième position. Chacun de ces pays mène une répression visant les individus les plus minorisés en prétendant « se défendre » ou « être en guerre contre le terrorisme ». Comme le revendique la Turquie.
-Jean-Yves Le Drian espérait du Conseil européen « une position ferme sur les exportations d’armements à l’égard de la Turquie » or les membres de l’UE n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur un embargo visant la Turquie, qui est comme la France membre de l’OTAN. Comment arriver à une politique cohérente au niveau européen quand celle à l’échelle d’un seul pays, la France, est si confuse ?

Interrogé sur un potentiel embargo sur les armes porté par l’Allemagne, avant que la décision de la France et des autres pays européens ne soit annoncée, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a indiqué au média allemand Deutsche Welle « Peu importe ce que tout le monde fait, qu’il s’agisse d’un embargo sur les armes ou d’autre chose, cela ne fait que nous renforcer […]. Même si nos alliés soutiennent l’organisation terroriste, notre lutte est dirigée contre [elle] ». Et le président turc Recep Tayyip Erdogan a ainsi commenté la décision « Ceux qui pensent pouvoir nous contraindre à reculer avec ces menaces se trompent ». En juillet dernier, lors de la cérémonie de fin d’année de l’Université de la Défense Nationale de Turquie (MSÜ) d’Istanbul, il avait déjà déclaré « Nous constatons que plus nous défendons nos droits et ceux de nos amis sur la scène internationale, plus nous sommes confrontés à des embargos dans le secteur de l’industrie de la défense » rapporte l’agence turque Anadolu. « Regardez notre dépendance en matière de d’industrie de défense il y a 17 ans, et regardez où nous en sommes actuellement […] ». Justement, dès les premières pages du rapport au Parlement 2019 et dans les précédents, la Turquie « l’une des progressions les plus spectaculaires parmi les 15 principaux exportateurs » est citée parmi les « nouveaux concurrents [qui] affichent l’ambition de se positionner durablement sur le marché mondial de l’armement […] ».

L’industrie de défense turque, une concurrente sérieuse ?
« La Turquie travaille jour et nuit au développement de sa propre industrie de l’armement, en particulier depuis le début des années 2000. Elle compte actuellement plus de 600 projets nationaux dans le domaine des technologies de défense » a dit le vice-président de la Turquie Fuat Oktay lors d’un sommet organisé en mars dernier par l’entreprise de défense Turkish Aerospace Industries (TAI), indique Anadolu. « La Turquie a une riche histoire en matière de technologie des armements depuis l’ère ottomane jusqu’à la guerre d’indépendance et maintient cette tendance […]. En raison de sa position géopolitique et géostratégique, [elle] doit l’améliorer.» Le pays « répond actuellement à 65% de ses besoins en matière de défense par le biais de son propre secteur de la défense, tant au niveau local que national, et envisage de nouveaux développements » a-t-il ajouté.

Sophie Lefeez, chercheuse associée à l’IRIS spécialisée dans le domaine de l’armement et consultante auprès d’entreprises privées et du ministère de la Défense, a publié en 2017 une étude sur l’industrie de défense turque. « L’industrie d’armement turque peut être considérée comme une base industrielle et technologique de défense (BITD) émergente […] après une période de coopération avec des BITD développées, elle commence à fabriquer des matériels de manière autonome et à les exporter. Plutôt que de parler d’émergence, il serait cependant plus juste de parler de ré-émergence. En effet, l’Empire ottoman […] comprenait des fonderies […], des usines (manufacture d’armes […]), atelier de réparation d’armes et des arsenaux. » Après son « déclin » suivi d’une « quasi disparition après la Première Guerre mondiale », une loi a été adoptée en 1985 : « l’objectif est de développer une industrie de défense moderne et de permettre la modernisation des forces armées turques. » « Les organismes institués par cette loi et les missions qui leur sont confiées visent à donner à la Turquie une BITD en mesure de satisfaire les besoins exprimés par les forces armées. On peut considérer que la politique porta des fruits » commente Sophie Lefeez, en citant des données turques. Quel niveau de concurrence peut-elle faire peser sur l’industrie de défense française ? « Bien que son niveau diffère sensiblement selon les secteurs d’activités, [elle] a acquis une bonne maturité qui lui permet de concurrencer l’industrie française sur certains marchés […] avec l’aide possible d’entreprises françaises. » L’industrie turque « a réalisé de rapides progrès qui se sont traduits par une concurrence accrue pour les entreprises françaises. » Exemples : « l’entreprise Aselsan a remporté un marché kazakh devant Thales [Ndlr. Groupe français majeur du secteur] et d’autres contrats obtenus en Afrique témoignent de leur dynamisme. » Enfin « sur les programmes nationaux, la majorité des équipements provient d’entreprises turques » détaille l’étude. La France reste cependant dans le Top 5 des fournisseurs d’armes au monde, à la 3e position en 2018. Dans un contexte mondial tendu, où les alliances fluctuent, peut-on imaginer qu’un jour les armes et technologies de la France, qui se félicite du « succès » de cette politique court-termiste, soient utilisées contre la France et les Français ? Le ministre de la Défense et l’Etat français sont en tous cas conscients de ce qui semble contre-productif pour sa propre industrie, il indique dans les rapports sur les exportations d’armements de ces dernières années : « Engagés dans un processus de réduction de leur dépendance vis-à-vis de leurs fournisseurs étrangers d’armement, [les pays clients] exigent désormais souvent des transferts de technologie et le développement de coentreprises locales (les compensations) avec pour objectif le développement d’une industrie locale susceptible de couvrir une part plus importante des besoins en matériel de défense. » Ou encore « De nouveaux concurrents affichent […] l’ambition de se positionner durablement sur le marché mondial de l’armement. Les transferts de technologie et de savoir-faire consentis dans le passé par des entreprises occidentales en compensation de grands contrats d’armement en ont en effet favorisé l’émergence. » Citant « la Turquie, qui tente de s’imposer sur l’ensemble du spectre de l’armement. »

Justement, les entreprises turques spécialisées dans les industries aériennes et de la défense annoncent des records d’offres d’achat en 2018. La Turquie a par ailleurs été le premier pays invité d’honneur du 4e Salon de la Défense AFED 2018 (Armed Forces Exhibition for Diversity of Requirements and Capabilities – Salon des forces armées pour la diversité des besoins et des capacités) qui s’est tenu l’hiver dernier à Riyad signale le média saoudien Arabnews avec « une délégation turque composée d’entreprises du secteur de la défense nationale et menée par Ismaïl Demir, président de l’industrie de défense ». La Turquie « a montré un vif intérêt pour travailler en étroite collaboration avec l’Arabie saoudite afin de renforcer ses capacités de défense. Une telle initiative aidera le royaume à développer une industrie de défense nationale et à concevoir et fabriquer des plates-formes, des produits et des technologies de défense dans le cadre de Vision 2030 [Ndlr. Programme de développement du gouvernement saoudien pour diversifier son économie]. La Turquie possède la deuxième force militaire la plus importante de l’OTAN […] ». Et le pays pourrait continuer à s’imposer dans les années qui viennent.
En 2019, « le salon international de l’armement d’Istanbul (IDEF) a été un parfait miroir des troubles géopolitiques que connaît la région » décrit le journaliste Akram Kharief qui l’a couvert pour le média britannique Middle East Eye. « On a pu y voir des signes du bouleversement des jeux d’alliances et de l’apparition de nouveaux acteurs au Moyen-Orient. On a aussi constaté le changement de perception des clients, beaucoup plus intéressés par l’industrie militaire turque dont les équipements ont connu le feu des combats ces cinq dernières années ». L’auteur du blog Menadefense.net ajoute « Cette évolution de l’industrie de défense turque se traduit par l’explosion du chiffre d’affaires des quatre plus grandes entreprises dans le domaine : Turkish aérospace industry (TAI) pour l’aviation, Roketsan pour les missiles et les roquettes, Havelsan pour les systèmes d’information et de simulation et Aselsan, qui domine le marché des instruments de précision, de communication et d’armes moyennes robotisées ». Comment l’expliquer ? « Ces systèmes ont fait leurs preuves en Irak, Syrie et Turquie ». Les conflits en cours sont pour la Turquie, comme pour les autres pays, l’occasion de tester leurs armements et de prouver leur efficacité sur les « théâtres d’opérations ». Ca a été le cas notamment à Afrine en 2018. Pourtant la France n’a alors pas appelé à suspendre les exportations d’armements.

Le précédent Afrin
En 2018, rappelant que des produits et munitions turcs ont été majoritairement utilisés durant l’opération « Rameau d’olivier » en Syrie, le ministre turc de la Défense Nurettin Canikli s’est « félicité du succès des entreprises d’armement turques » à la cérémonie d’inauguration du Salon international de Doha sur la navigation et la défense (Doha International Maritime Defense Exhibition and conference – DIMDEX). Il a aussi averti : « De nouveaux produits seront testés […] Si les tests sont réussis, ces produits [munitions] seront à disposition de l’armée turque ».
Quinze jours après sa visite en France en 2018, année électorale, le président turc a en effet lancé une offensive militaire en Syrie. « L’armée turque et ses supplétifs syriens ont pris le contrôle de la ville d’Afrin, dans l’enclave kurde du même nom, dans le nord-ouest de la Syrie […] au 58e jour de l’offensive turque vouée à déloger la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) [….]. Honnies par les autorités turques pour leur affiliation aux rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), les YPG sont les meilleurs alliés des Etats-Unis et de la coalition internationale dans la lutte menée contre l’organisation Etat islamique (EI) dans l’est de la Syrie » décrivaient les journalistes Marie Jégo et Allan Kaval dans Le Monde. « Ce qui se passe à Afrine est un nettoyage ethnique, et les grandes puissances restent spectatrices » avait alors commenté Khaled Issa, représentant en France du Kurdistan syrien (Rojava), expliquent les journalistes.

Lire aussi : Turquie-Syrie, que peut la France ? 

« En tenant compte des impératifs sécuritaires de la Turquie, le président de la République a exprimé à son homologue turc sa préoccupation suite à l’intervention militaire lancée dans le canton d’Afrine » indiquait l’Élysée dans un communiqué après un entretien téléphonique entre les deux chefs d’État et dans une interview au Figaro le 31 janvier 2018 : « Les combattants kurdes ont été les alliés des Occidentaux dans la guerre contre les djihadistes, reprenant notamment Raqqa, cette ville, a rappelé […] Emmanuel Macron, d’où ont été commandités les attentats meurtriers qui ont frappé Paris en novembre 2015. » De son côté, Jean-Yves Le Drian « avait dénoncé le risque que cette opération turque se transforme en ‘’occupation’’ du nord de la Syrie. » Recep Tayyip Erdogan avait répondu que l’offensive militaire « ne visait qu’à nettoyer » la région d’Afrin « des éléments terroristes ». Mais après avoir annoncé « une victoire » à Afrin, il avait annoncé d’autres villes et objectifs. « Le financement des achats d’armes a rapidement augmenté en 2018 et la Turquie a également élargi ses opérations militaires contre les groupes armés kurdes en Syrie » commente d’ailleurs l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Membre de l’OTAN et parmi les 15 pays les plus militarisés au monde, la Turquie a enregistré en 2018 la 2e plus importante hausse en termes de dépenses mondiales d’armement derrière les Etats-Unis, toujours numéro 1 et son premier fournisseur d’armements : +24 % (Sipri). En dépit de tous ces éléments, la France n’avait pas décidé la suspension des transferts et ventes d’armes au moment de cette opération militaire, ni après. Pourquoi le faire maintenant ? Ce traitement particulier est-il une réponse aux dissensions entre les deux pays ?

 

Illustration : catalogue du ministère de la Défense turc pour Eurosatory (France).

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