[Id]ées

Manifeste

Ehko, pour un média [inclassable]

Le lancement de Ehko ce 11 janvier 2019 est la concrétisation du projet de deux journalistes, Hassina Mechaï et Warda Mohamed.

Quand il s’est agi de fonder un média, les interrogations se sont succédées. Créer un média, c’est sans doute aussi et surtout s’interroger sur ce qu’est être journaliste. Comment vouloir encore (et aussi pouvoir) accomplir ce métier ? Veut-on seulement encore l’exercer ? Pourquoi ? Pour qui ? Les questions sont nombreuses. Les réponses, complexes.

[De quoi s’agit-il d’abord ?] Quelle inconscience –ou courage – faut-il pour lancer un média en temps de crise de la presse en général et de détestation pour ce métier de journaliste ?
Ehko est né justement tout à la fois grâce à ces interrogations et contre les réponses résignées apportées. La presse n’est pas morte. Pas même agonisante. Elle nous semble même sur le point de renaître. Pour cela, il lui faut accepter de devenir radicale, c’est-à-dire de revenir à ses fondements et fondamentaux. L’éthique, la déontologie, le temps, le reportage, la passion, la respiration, la curiosité, le recul, l’explication qui déploie sa ligne. L’humilité aussi. Celle de sa propre subjectivité embrassée.

[Ehko n’est pas que réaction.] Bien au contraire. Rien ne tient et ne dure ainsi. Ehko est un média au sens propre du terme, qui permet de communiquer, de partager des idées. Il y est fait le pari de l’intemporel, celui d’explorer et ré-explorer les sujets et angles, sans se plier à un calendrier quelconque. Car Ehko est un média d’information, pas d’actualité. Ne soyez donc pas étonné.e.s de ne pas nous voir réagir à la dernière « actu chaude », au premier « buzz » venu. Ou au contraire d’y voir des sujets habituellement peu traités, ou si différemment.

[Ehko est action et construction.] Pourquoi, dès lors, le présenter comme un « média de [dé]construction » ? Construire sur des fondations solides suppose qu’il faille parfois d’abord déconstruire. Les fausses évidences et les idées dangereuses, les mécanismes qui érodent. Les oppositions artificielles, les antagonismes vains.

Puis alors, une fois ce travail fait, enfin construire. Relier, faire sens, mettre en forme le tohu-bohu du monde, apaiser. Ce qui manque dans l’infobésité qui nous submerge n’est pas le manque d’information mais l’absence de sens et de liens entre des événements présentés comme autonomes. Or tout est lié et tout se tient. C’est ce fil rouge que nous tenterons de tisser à travers chaque angle, chaque article, chaque interview, chaque choix éditorial.

Le réalisateur John Ford avait tort, lui qui faisait dire à l’un de ses personnages : « When the legend becomes facts, print the legend ». Ehko affirme, au contraire, que quand les faits deviennent légende, il ne s’agit pas d’imprimer la légende mais d’en rester aux faits. Ceux-ci seront toujours supérieurs à cette légende, qui n’est que l’autre nom de l’histoire officielle, de la doxa, de la rumeur, de l’actualité parfois.

Nous partageons cette vision anglo-saxonne du journalisme : facts, facts, facts… tout en sachant que les faits ne sont pas toujours neutres. Du moins le choix d’en privilégier certains au détriment d’autres. Seules l’honnêteté et l’intégrité feront la différence. Journaliste est un métier, régi par des règles rappelons-le, un code de la déontologie, une charte, celle de Munich et d’autres conventions. Bien sûr, nous nous engageons à les respecter mais nous ferons plus. Nous nous engageons à proposer le meilleur contenu possible : original dans l’angle, le traitement ou l’approche. Et nous questionnerons « l’ordre établi », les structures de pouvoir – toutes les structures.

Ce choix de déconstruire ET de construire, nous vous l’offrons aussi. Avec nous. Ehko a vocation à créer des ponts, ouvrir des dialogues sains et sereins entre celles et ceux qui ne se parlent pas, qui ne s’écoutent plus, qui ne s’entendent pas. Nous voulons aussi transmettre, à celles et ceux qui le désirent et ne sont pas dans une approche simpliste, aux plus jeunes, aux moins favorisé.e.s, à celles et ceux qui pensent ce métier de journaliste inaccessible*.

Ehko n’est porté par aucune naïveté. Toutes les dimensions du projet ont été pensées, travaillées, approfondies. Y compris sa stratégie économique. L’intégralité du contenu du site est en accès libre et gratuit. Au fur et à mesure du déploiement d’Ehko, nous vous ferons part des stratégies de développement du média que nous mettrons en place. Ehko évoluera sur tous les plans, parce que nous évoluons, que vous évoluez, que le monde évolue.

Aujourd’hui, notre volonté est de nous lancer véritablement, donner corps et vie à un projet que nous portions depuis bien longtemps. La date du premier lancement, [le 11 septembre 2018], n’a pas été choisie par hasard. Pas plus que celle du lancement officiel, ce 11 janvier. Le 11 septembre 2001, le monde a basculé. Le 11 janvier 2015, cette brèche historique ouverte alors en 2001, celle de l’interminable « guerre contre le terrorisme », venait aussi « se manifester » dans les rues de Paris et en France. Le 11 janvier, la population française, encore sous le choc, est entrée dans cette
brèche. Avec ce média que nous voulons [inclassable], ce sont tous ces changements, tous ces bouleversements que nous allons suivre, étudier, décrypter pour non seulement tenter de comprendre mais aussi d’expliquer ce monde, notre monde. Sur Ehko, pas le « ou » exclusif, mais le « et » inclusif et qui nuance.

*Pour le moment seules nos signatures seront visibles sur le site. Nous avons débuté des échanges avec des journalistes-pigistes et commencé à repérer des talents. Vous les lirez très prochainement sur Ehko.info.

Hassina Mechaï et Warda Mohamed
A Paris, le 11 janvier 2019.

Fresque rue Youssef Al Guindy, Le Caire, 2013. Crédits : Warda Mohamed

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