[Dé]niché

Les Roms, grands oubliés de l’antiracisme ?

[Ehko] avait déniché ce podcast avant « les agressions ultra-violentes de personnes rroms, roumaines ou perçues comme telles […] en Ile-de-France suite aux  »fakes news » racistes parlant de tentatives de kidnapping d’enfants » pour reprendre les termes de l’association La voix des Rroms.

Pour le 14e épisode de leur podcast « Kiffe ta race » intitulé « Les Roms, oublié.e.s de l’antiracisme » (Binge audio), Rokhaya Diallo et Grace Ly ont reçu Sarah Carmona, docteure en histoire et professeure à l’université.

Sarah Carmona y parle à la fois de son expérience, de son vécu, de la façon dont elle se présente – en tant que « Gitane » ou autre en fonction des contextes et environnements – de son parcours et de son travail universitaire. L’un des points les plus intéressants de son intervention porte sur l’histoire de ces populations et des termes utilisés pour les désigner : « Gitans, tsiganes, manouches, romanichels, bohémiens, gipsies, sintés, gens du voyage [etc] » énonce Rokhaya Diallo, leurs origines, leur caractère péjoratif ou non. « Il existe toute une série de termes [dont] on peut en retracer la généalogie » détaille l’universitaire. Les dénominations sont exonymes ou endonymes c’est-à-dire définies par le groupe majoritaire dans le premier cas ou les personnes concernées elles-mêmes. « Ce qui est intéressant […] c’est justement le regard jeté sur une altérité […] et comment au travers de la nomenclature qui est donnée par les sociétés majoritaires sur les différents groupes romanis, on peut reconstituer une histoire de la fabrication de l’Autre » explique-t-elle.

D’où vient le mot « gitan » par exemple ? « D’Egyptiens : les Roms [NDLR. S’écrit également avec deux « r »], quand ils arrivent d’Asie en Europe, se dénominent […] Egyptiens car leur dernière escale se trouvait dans une région qui s’appelle la petite Egypte, une zone du Péloponnèse […]. Cette appellation reste et se voit transformée en gipsy, gitan, gitano […]. C’est une confusion mais qui fait partie de notre rapport à l’Histoire et de la façon dont l’épistémè, c’est-à-dire l’être au monde romani, conçoit l’Histoire. Nous appartenons à une culture qui est orale […] avec un espèce de glissement sémantique qui va se mettre en branle et qui n’est pas forcément mal vécu par les populations romanis concernées. Il y en a d’autres, comme Tsiganes, qui est connoté beaucoup plus péjorativement et qui dans nombre de pays d’Europe ont pour signification voleurs, violeurs, mangeurs d’enfants » expose Sarah Carmona. L’historienne revient sur le racisme dont ces groupes loin d’être homogènes et issus de cultures et régions différentes qu’elle décrit, sont l’objet, en France et en Europe.

En s’en tenant uniquement aux mandats de Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron, on ne peut que constater que ces populations qualifiées de « Roms » sont la cible de politiques répressives et de propos racistes tenus au plus haut niveau de l’État. La « politique anti-Roms » de Nicolas Sarkozy qui s’est traduite par la mise en place de lois et de mesures répressives a été poursuivie par François Hollande et Emmanuel Macron. A cela s’ajoutent l’« affaire Leonarda » ; Manuel Valls qui,  alors ministre de l’Intérieur, avait déclaré « les Roms ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation […] la proximité de ces campements provoque de la mendicité et aussi des vols, et donc de la délinquance […]. Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie » ; la justice qui ne condamne pas un maire qui avait déclaré « Hitler n’en a peut-être pas tué assez » (l’historienne Marie-Christine Hubert a rappelé que « 250 000 personnes ont été exterminées en Europe parce qu’elles étaient tsiganes »), ni un homme accusé d’avoir aspergé de l’acide sur des Roms. Plus récemment,Emmanuel Macron a tenu des propos sur le « boxeur gitan » Christophe Dettinger, Rokhaya Diallo* pointe leur caractère essentialisant de cette façon d’associer ces populations à la violence physique et l’incapacité de s’exprimer, l’historienne les analyse comme « un leitmotiv de la société française actuelle ». 

Voilà dans quel contexte, ces personnes présentées comme « inférieures » et tout en bas de l’échelle sociale sont la cible de médias, humoristes et citoyens, dans la droite ligne de la politique de l’État.

« Roms, les oublié·e·s de l’antiracisme », Podcast « Kiffe ta race », Binge audio (12 mars 2019).

*Lire aussi son livre Racisme, mode d’emploi, Larousse, 2011.

 

Illustration : Extrait de l’affiche d’une conférence avec Sarah Carmona.

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