Dans cette émission de 40 minutes, ponctuée par plusieurs interventions, l’une a particulièrement attiré notre attention : celle de Roberte Langlois, docteure, professeure des écoles, chercheuse en sciences de l’éducation et spécialiste de la place de l’oralité dans l’école française qui parle « du droit à la parole, très français » et explique comment l’éducation à la française familiale puis scolaire participe à façonner des personnes qui subissennt le trac. Ce que confirment d’autres interviewés qui ont des expériences aux Etats-Unis ou y sont nés.

Adélie Pojzman-Pontay et Roberte Langlois détaillent : « L’éducation française laisse vaiment peu de place à l’oral. Quand on a le droit de parler, c’est pour lire […] les élèves ont peu la liberté de s’exprimer […]. Ferdinand Buisson, auteur d’un dictionnaire de l’éducation publié en 1882 […] définit les bases de l’école de la République […] et le dialogue pédagogique : le maître pose une question et l’élève répond. »

« Comment on est arrivés là ? » interroge la journaliste. « Il faut remonter 4 siècles plus tôt, à la Renaissance, jusque-là c’étaient les religieux qui enseignaient et tout se faisait à l’oral. On entre dans une période de questionnements de fond sur la place de l’écrit d’abord avec l’émergence de l’imprimerie, le protestantisme […] et l’ordre des Jésuites – qui naît à cette époque. Au sein de l’Eglise [ils] sont complètement focalisés sur l’instruction et donnent une importance immense à l’écrit. […] L’enseignement jésuite a irrigué toute l’éducation en France. La seule parole qu’ils autorisent, c’est une parole contrainte. Ils ont aussi développé la rhétorique [et] repris ce qu’il se passait dans la religion : le prêtre le dimanche parlait à l’assemblée, seul face à l’auditoire, comme à l’école de Jules Ferry. » Puis viendra la Révolution et l’unification des langues « alors qu’en France, les gens parlent des patois différent. Pour inculquer le français aux petits écoliers, de la Bretagne jusqu’à Nice, il faut faire taire les patois. Il ne fallait pas qu’ils s’expriment […] dans leur langue et qu’ils ne parlent que le français. C’est par l’écrit qu’on a unifié. Le système éducatif s’est fondé sur ce déséquilibre, cette tension », rappelle Roberte Langlois.

Ainsi, la peur de parler en public, ou glossophobie, trouve ses racines dans le système scolaire français et ne se vit donc pas de la même manière d’un pays à l’autre. Autrement dit, il n’y a pas de fatalité et une nouvelle façon d’envisager l’éducation aiderait à résoudre ce problème.

«Le trac : si vous l’avez c’est une bonne chose », podcast Louie Media (7 janvier 2019).

Illustration : copyright Jean Mallard, Emotions, Louie Media.